Le SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth) ou prolifération bactérienne de l’intestin grêle, est un trouble digestif de plus en plus diagnostiqué. En France, le Coligenta, un antibiotique à base de colistine et de gentamicine, est souvent prescrit pour le traiter. Pourtant, la rifaximine, un autre antibiotique, bénéficie d’un nombre d’études cliniques bien supérieur et d’un profil d’innocuité plus rassurant. Face à cette situation, il est crucial de s’interroger sur la pertinence de l’utilisation massive du Coligenta.
Une seule étude pour le Coligenta
L’efficacité du Coligenta dans le traitement du SIBO repose principalement sur une seule étude ouverte menée sur 60 patients (Bouchoucha et al., 2021). Bien que cette étude ait montré une amélioration des symptômes chez la majorité des participants, sa taille réduite et l’absence de groupe contrôle limitent la portée des conclusions.
En revanche, la rifaximine a fait l’objet de nombreuses études randomisées contrôlées, démontrant son efficacité et sa sécurité dans le traitement du SIBO (Gatta & Scarpignato, 2017). Une méta-analyse a même confirmé que la rifaximine est supérieure au placebo et à d’autres antibiotiques pour la résolution des symptômes et la normalisation des tests respiratoires (Takakura et al., 2024).
L’antibiorésistance : un danger réel
L’utilisation massive du Coligenta soulève également des inquiétudes quant au développement de l’antibiorésistance. La colistine est un antibiotique de dernier recours pour certaines infections graves, et son utilisation excessive dans le traitement du SIBO pourrait compromettre son efficacité future. La gentamicine, bien que moins critique, un antibiotique de la famille des aminoglycosides, est aussi confrontée à une augmentation de la résistance bactérienne (notamment chez les bactéries Gram-négatif comme Escherichia Coli, Pseudomonas aeruginosa et Enterobacteriaceae).
La rifaximine, quant à elle, présente un faible risque d’antibiorésistance car elle agit localement dans l’intestin et est peu absorbée par l’organisme.
Rechutes fréquentes
Les études montrent que les rechutes de SIBO sont fréquentes, quel que soit l’antibiotique utilisé (Lauritano et al., 2008). Cependant, l’utilisation d’antibiotiques sans s’attaquer aux causes sous-jacentes du SIBO ne fait que masquer le problème qui revient tôt ou tard (et je le constate régulièrement dans mes consultations).
Traiter la cause du SIBO
Pour une prise en charge durable du SIBO, il est essentiel d’identifier et de traiter les facteurs qui favorisent la prolifération bactérienne dans l’intestin grêle. Ces facteurs peuvent inclure par exemple (liste non exhaustive) :
- Troubles de la motilité intestinale: Un ralentissement du transit intestinal peut favoriser la stagnation des bactéries.
- Insuffisance pancréatique: Une production insuffisante d’enzymes digestives peut perturber la digestion et favoriser le SIBO.
- Anatomie anormale de l’intestin grêle: Des diverticules, des adhérences ou des sténoses peuvent créer des zones de stagnation.
- Médicaments: Certains médicaments, comme les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), peuvent modifier la composition du microbiote intestinal.
- Troubles fonctionnels et métaboliques : fatigue surrénalienne, hypothyroïdie, …
En conclusion, le choix entre Coligenta et rifaximine pour le traitement du SIBO doit être éclairé et prendre en compte les données scientifiques disponibles, les risques d’antibiorésistance et l’importance de traiter la cause du SIBO. Il est crucial de privilégier une approche globale qui combine des mesures hygiéno-diététiques, la prise en charge des facteurs favorisants et, si nécessaire, un traitement antibiotique judicieux.
En Naturopathie et médecine fonctionnelle, nous utilisons des antimicrobiens naturels très efficaces (voir par exemple mon article sur le SIBO) mais ils ne le seront pas si les causes ne sont pas adressées auparavant et en parallèle. Forte de ce constat que je fais depuis plus de 4 ans que j’accompagne plusieurs centaines de personnes pour le SIBO, j’ai créé une formation grand public qui permet justement de comprendre l’importance d’aller travailler sur les causes du SIBO et de soutenir et optimiser le plus possible le système digestif haut avant de s’attaquer à la prolifération bactérienne à proprement parler. Vous pourrez la découvrir ici : Programme Se Libérer Durablement du SIBO et optimiser son système digestif
Références:
- Bouchoucha M, et al. (2021). COLIGENTA treatment of small intestinal bacterial overgrowth. Results of an open study. Dig Liver Dis, 53(1), 66-71.
- Gatta L, & Scarpignato C. (2017). Systematic review with meta-analysis: rifaximin is effective and safe for the treatment of small intestine bacterial overgrowth. Aliment Pharmacol Ther, 45(5), 604-16.
- Prevalence and risk factors for gentamicin resistance in Escherichia coli causing urinary tract infections » (Tadesse et al., 2012)
- « Aminoglycoside resistance: a continuing threat » (Shakil & Khan, 2011)
- Gentamicin resistance in bacteria isolated from patients with bloodstream infections in a tertiary care hospital » (Jahan et al., 2017)
- Theuretzbacher U, et al. (2015). Developing new antibiotics: challenges and opportunities. Nature Reviews Drug Discovery, 14(10), 727-737.
- Krause KM, et al. (2016). Antibiotic resistance: a global threat. International Journal of Antimicrobial Agents, 48(4), 357-366.


